LA GARÇONNE D’ALIA MAMDOUH, UN ROMAN DESSERVI PAR SES COMPLEXITÉS

 

 

 

20 février 2012 Par Marie Charlotte Mallard
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Née à Bagdad en 1944, Alia Mamdouh a dirigé le magazine Al-Râsid (1975-1980) avant de s’expatrier à Beyrouth, Rabat, et enfin Paris ou elle vit actuellement. Auteures de plusieurs recueils et romans elle publie aujourd’hui la version française de son roman paru en 2000, La Garçonne.
Sabiha jeune femme originaire du sud de l’Irak est arrêtée le lendemain du coup d’état de février 1963. Son crime, avoir entretenu une liaison amoureuse avec Badr un militant communiste. Torturée, violée, elle découvre à sa sortie de prison qu’elle est enceinte, et que Badr est mort. La Garçonne, est une longue confession expiatoire qui permet à Sabiha de dénoncé l’archaïsme, l’hypocrisie, la cruauté et le machisme de la société irakienne ainsi que la répression politique. Parallèlement la narratrice dévoile ce qui la rattache encore à la vie après toutes les épreuves endurées : sa recherche éperdue du plaisir sexuel, ses amours lesbiens, ses liaisons passionnées mais inaccomplies avec des hommes de passage. Le roman se clôt sur l’évocation d’un événement politique qui va marquer le cours de l’histoire irakienne : la prise du pouvoir par Saddam Hussein. Quelques jours plus tard, des enfants trouvent le cadavre mutilé de Sabîha, sous un pont.
Sur le dos de couverture le récit semblait certes noire mais d’un intérêt incontestable : un récit psychologique mêlant grande et petite histoire, une confession poignante et passionnelle, un brin de féminisme et de contestation politique. Le livre, salué par la critique à sa publication en arabe en 2000 semblait donc à première vue prometteur. Toutefois il se révèle dès les premières pages lourd, confus, difficilement abordable pour ne pas dire illisible. Ce n’est pas tant la violence et la brutalité des propos qui rendent la lecture laborieuse, mais surtout la rupture avec la linéarité narrative, les nombreuses digressions liées aux mécanismes de la pensée ainsi qu’à la réminiscence des souvenirs, qui finissent par perdre le lecteur dans les méandres de l’esprit complexe de la narratrice. Certes l’écriture est poétique, mais elle l’est tellement qu’elle finit par rendre la narration complétement obscure. Si vous trouviez Proust ou Claude Simon difficilement lisible alors ne vous attaquez pas à La Garçonne.
Néanmoins, l’histoire de l’héroïne Sabiha reste saisissante, le récit met en scène la quête de l’identité ainsi que la quête de l’amour, sur fond de bouleversements sociopolitiques. En outre, il pose différentes questions sur les relations entre les êtres, la féminité, la place et la parole de la femme au sein de la société, particulièrement dans la tradition islamique. A travers les liaisons passionnées, l’auteure aborde le thème de la sexualité féminine, hétéro ou homosexuel ainsi que la recherche du plaisir sexuel, et évoque par conséquent à travers son héroïne l’image d’une femme moderne, éprise de liberté, vivant dans un pays étouffé par les traditions. Des thèmes de ce fait profond, qui peuvent amener à réfléchir, encore faut-il avoir la capacité de lire un tel ouvrage car La Garçonne reste réservé aux lecteurs aguerris.
« Les séquelles du mépris et de la haine sont plus atroces que celles des bombes atomiques. » p 13.
La Garçonne, Acte sud, sorti le 2 février 2012, 276 p., 22euros.

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